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Daudet Léon - Deux idoles sanguinaires


Auteur : Daudet Léon
Ouvrage : Deux idoles sanguinaires La révolution et fils Bonaparte
Année : 1942

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CHAPITRE I Causes et origines de la révolution de 1789. La plupart des premiers historiens qui aient parlé de la Révolution de 1789, sauf les Goncourt, se sont exprimés sur son compte avec un mélange de crainte et de respect. Michelet a écrit, en termes magnifiques, l’apologie absurde de la Révolution et de ses hommes. Le libéralisme a conclu qu’il y avait en elle du très bon, du très neuf et du mauvais, avec une finale de très mauvais, la Terreur. Par la suite Taine, que la Commune de Paris avait impressionné, insista sur l’absence du très bon, l’ensemble législatif des plus médiocres et la férocité bestiale des chefs, qu’il appela ‘‘ les crocodiles ’’. Lenôtre, hostile à la Révolution, disait peu avant sa mort, à Octave Aubry : « J’ai étudié la Révolution, dans les archives, depuis quarante ans. Je n’y comprends rien. » Gaxotte enfin, le dernier historien en date de cette funeste crise politique et morale, a ramené à la toise les ‘‘ crocodiles ’’ et signalé leur médiocrité intellectuelle et morale. A mon tour je veux montrer que, conformément au mot de Clemenceau, la Révolution est un bloc... un bloc de bêtise, – d’âneries, eût dit Montaigne – de fumier et de sang. Sa forme virulente fut la Terreur Sa forme atténuée est la démocratie actuelle avec le parlementarisme et le suffrage universel, et le choix, comme fête nationale, de l’immonde quatorze juillet, où commença, avec le mensonge de la Bastille, la promenade des têtes au bout des piques. Le quatorze juillet, véritable début de la période terroriste et complété par la grande peur. Date fatale au pays. L’enseignement public, avec Aulard, son adversaire Albert Mathiez et compagnie, s’est efforcé d’établir sur la légende révolutionnaire, le dogme ridicule de la Révolution apportant au monde la liberté et la fraternité. En fait elle lui apporta, de 1792 à 1815, ce que Maurras a appelé la guerre de vingt-trois ans. Car Bonaparte, fils de la Révolution, continua son ? OEuvre les armes à la main, prétendit imposer à l’Europe l’idéologie de Rousseau et sacrifia des millions d’hommes au Moloch de 1789. Ce fut la croisade de néant. Deux noms, Trafalgar et Waterloo marquant les résultats. Le tableau que je vais tracer aujourd’hui de ce temps de folie est inspire des plus récents travaux. Il comporte encore bien des lacunes, du fait que les archives notariées demeurent fermées à partir de 1789. Bonne précaution quant aux avatars des fortunes privées et des biens familiaux, où s’exerça ce que Mathiez a appelé « lacorruption parlementaire » de l’époque. Corruption non seulement parlementaire, mais policière, à laquelle présida, avec Chabot et quelques autres, le comité de Sûreté générale, dit, avec le comité de salut publie, comité du gouvernement. La Révolution est d’abord une guerre de religion, la guerre de l’athéisme matérialiste contre l’Église romaine, à laquelle présida et préluda l’Encyclopédie de Voltaire – « écrasons l’Infâme » -, de Diderot (La Religieuse), et de d’Alembert, jointe au naturisme de Jean-Jacques Rousseau, aux thèses et considérations de Condillac et d’Helvétius, aux parlotes du salon d’Holbach, aux débuts de la maçonnerie mondaine et des sociétés de pensée, récemment signalées par Cochin, telle fut la première origine des clubs, où se croisent et se mêlent toutes les formes de l’antichristianisme et de l’irréligion dans son ensemble. Clubs philosophiques et politiques, qui l’emporteront au sein des assemblées – le club breton donnera naissance aux jacobins – et accéléreront le passage de la discussion à l’action, du principe de la souveraineté populaire à la tyrannie des masses, c’est-à-dire de la tourbe, et aux horreurs des massacres et de la guillotine en permanence. Il fallut environ cinquante ans pour que cette transformation s’accomplit suivant un processus pathologique qui vaut pour les corps sociaux (Balzac en a fait la remarque) comme pour le corps humain et atteste la conjonction profonde de l’organique et du spirituel. Ce qui fait l’importance de cette guerre de religion, c’est la compression par le clergé et la noblesse, l’un et l’autre aveugles, de ce Tiers État, représentant de la bourgeoisie et de l’artisanat, de l’immense classe moyenne, qui n’étant rien – suivant un mot fameux – veut être illico tout. La tension, comme il arrive, s’était aggravée brusquement et, aux États Généraux de 1789, la Constituante était déjà dans les esprits, d’où sortirent logiquement, ou peut-être automatiquement, la Législative, puis la Convention, élue au suffrage universel. Mais un puissant élément de trouble agit en même temps que l’Évangile matérialiste et que la sentimentalité aberrante de Rousseau. Je veux parler de l’intrigue de Cour menée contre la monarchie des Bourbons, le roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette, par la faction du Palais d’Orléans, Philippe d’Orléans, par la suite Philippe-Égalité ; et son mauvais et pervers conseiller Choderlos de Laclos, demeuré dans l’ombre jusqu’à ces derniers temps et aux travaux de M. Dard. Cette intrigue avait pour objet l’arrivée au pouvoir dudit Philippe et de la clique d’hommes et de femmes qui constituait son entourage, deux intrigantes comme Mme de Genlis (le salon de Bellechasse, où figurait déjà Barère) et Mme de Buffon. Il peut se trouver que les Cours soient la perdition des souverains dont elles faussent le jugement, quand elles ne leur masquent pas la vérité. Cela, le roi Louis XI l’avait compris, mais il arriva à ses successeurs de l’oublier. De même leurs légats et cardinaux empêchèrent les papes du XVIe de voir venir Luther et la Réforme : « Ce n’est rien, Votre Sainteté, qu’un moine crasseux. » Or le moine crasseux fendit l’Église en deux. Le duc d’Orléans détestait la reine Marie-Antoinette, sans doute pour l’avoir trop désirée. Il était ardemment anglophile et fut portraituré par Reynolds. Il faisait de fréquents séjours à Londres, s’était lié avec le dauphin d’Angleterre. Laclos attisait ses ambitions, lui procurait des liaisons dangereuses, selon le titre de son fameux ouvrage, où une certaine science tactique s’impose aux jeux de l’amour et de la cruauté. Par ses boutiques du Palais Royal, où s’installèrent, avec son agrément, le jeu et la prostitution, s’ajoutant à ses immenses revenus, ce prince devint patron de bordel, comme on dit en argot, ‘‘ tôlier ‘‘ avec les sentiments abjects d’un tel personnage, greffés sur de bonnes et séduisantes manières. Nous ne connaissons pas encore le fond de ses agissements. Quand, on perquisitionna au Palais Royal, lors de sa déchéance politique, on trouva chez Philippe-Égalité un bric-à-brac de débauche et de sadisme qui ne laissait aucun doute sur ses occupations habituelles. Il était, comme son aïeul le régent, un dégénéré, mais le régent était un érotique aimable et courtois, alors que son descendant était, de degré en degré, devenu infâme et capable, avec son Laclos, des pires combinaisons pour aboutir au pouvoir. Ces deux lascars, le patron et le secrétaire, formaient un complot en permanence et que laissa faire le débonnaire Louis XVI, au lieu de les livrer au bourreau. Ces raisons n’expliqueraient pas entièrement la mise en train de la Révolution, si l’on n’y ajoutait une sensibilisation générale, accompagnée de sentimentalité larmoyante, signalée par les Goncourt dans leurs travaux historiques, notamment dans la Femme au XVIIIe siècle, où l’on voit des vieilles dames de la société, converties à l’athéisme, mourir sans confession, avec une indifférence absolue et une attitude de bravade railleuse devant leur propre trépas. Quand la catastrophe se produisit, elle était pressentie depuis plusieurs années d’une euphorie appelée depuis « la douceur de vivre ». Ces courants, mi-intellectuels, mi-sensibles, que j’ai nommé les Universaux, avaient agi. Sans accorder à la maçonnerie un rôle de premier rang dans la Révolution comme le firent l’abbé Barruel dans son fameux ouvrage sur le Jacobinisme, et à sa suite Gustave Bord, il faut reconnaître qu’elle poussa à la roue. Le duc d’Orléans était bien entendu grand maître de la nouvelle secte, appartenant à cette catégorie de princes qui croient arriver par la gauche. Il n’arriva ainsi qu’à la guillotine, un mois environ après celle qu’il avait tant poursuivie de sa haine, après Marie-Antoinette. Mais jusqu’à l’historien Mortimer Ternaux (1881) auteur d’une Histoire de la Terreur, aujourd’hui introuvable, en huit volumes, on avait ignoré ou méconnu le rôle capital de la Sûreté générale de 1790 à 1795 et au-delà. Mortimer Ternaux a montré ces hommes de bureau, quasi anonymes, dissimulés derrière l’amas de leurs rapports, dossiers, comptes rendus et paperasses, n’apparaissant jamais sur la grande scène politique, laissant à d’autres la place en vue, manoeuvrant dans la coulisse, par les stupres connus d’eux, le chantage et l’intrigue feutrée, les tribuns et les partis, les Girondins comme les Montagnards, les précipitant, les heurtant les uns contre les autres et les amenant à s’entre-dévorer. Le seul Barère – peint à miracle par Macaulay – s’est joué de la Sûreté générale et cela jusqu’au moment où, par un revirement du sort, il tomba entre ses griffes. Nous retrouverons son action au 9 thermidor. Le comité de cette bande ténébreuse se renouvelait assez fréquemment, sauf pour deux ou trois d’entre eux, dont Alquier, le compère et protecteur de Laclos, affilié lui-même à la confrérie. L’assassinat policier de mon fils Philippe Daudet à l’âge de quatorze ans et demi, fait que pendant des années je me suis intéressé à l’histoire administrative de la Sûreté générale. L’ouvrage capital de Mortimer Ternaux, sans lequel il est impossible de comprendre un mot à la Terreur, a été passé sous silence par la critique historique et mis complètement sous le boisseau, on devine pourquoi : la frousse inspirée par ‘‘ ces messieurs ‘‘. ...

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