Auteur : Bernault Florence
Ouvrage : Magie, sorcellerie et politique au Gabon et au Congo-Brazzaville
Année : 2005

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En ce début de 21ème siècle, marqué par des crises diverses, propice aux frustrations sociales et économiques, l’opinion publique africaine accuse volontiers hommes politiques et autres « grands » de se livrer à la sorcellerie afin de s’assurer victoire électorale et fortune matérielle. De leur côté, nombreux sont les politiciens qui exploitent la rumeur afin d’affermir leur réputation et imposer, sinon le respect, du moins la crainte. Anthropologues et sociologues n’ont que relativement tard prêté attention à l’existence de pratiques et croyances religieuses dites sorcières (1) en plein tissu « moderne », c’est-à-dire dans les villes, au sein de populations scolarisées, salariées et chrétiennes (Comaroff & Comaroff, 1993; Geschiere, 1995). Ils ont montré les effets paradoxaux de la sorcellerie, sa capacité à promouvoir le contrôle de l’Etat sur les pouvoirs locaux (nouveaux codes pénaux appliqués dans les tribunaux régionaux), ou au contraire, à affirmer l’autonomie des communautés rurales vis-à-vis des élites urbaines porteuses d’ intrusion étatique (Rowlands & Warnier, 1988 ; Fisiy & Geschiere, 1990 ; Bastian 1993). L’apparente vitalité de la sorcellerie ne se confine pas aux hautes sphères sociales : au sein des générations, des voisinages et des familles, les soupçons sorciers cristallisent aussi de nombreux conflits (Ashford, 2000; Niehaus, 2001). Dans les deux cas, la sorcellerie s’affirme comme un outil de différenciation sociale et un enjeu crucial de l’imagination publique. Parallèlement, nombre d’écrits rappellent que les croyances au surnaturel et les rumeurs dites « irrationnelles » ne sont pas une spécialité africaine, et existent, sous d’autres formes, dans les sociétés occidentales modernes (White, 1994, Favret-Saada, 1977). Pourtant, l’historicité particulière de ce que l’on appelle aujourd’hui la sorcellerie africaine ne se révèle-t-elle pas dans les interstices des différences de degré, voire de nature, qui subsistent entre ces aires culturelles ? ...