
Auteur : Lewis Clive Staples
Ouvrage : Le silence de la Terre
Année : 1938
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Chapitre 1. Les dernières gouttes de l’averse orageuse finissaient à peine de tomber que le piéton fourra sa carte dans sa poche, rajusta son sac plus confortablement sur ses épaules lasses et, quittant l’abri d’un grand châtaignier, gagna le milieu de la route. Au couchant, une lumière d’un jaune cru ruisselait entre les nuages, mais, droit devant lui, par-delà les collines, le ciel était couleur d’ardoise sombre. Arbres et brins d’herbe dégouttaient, et la route luisait comme un fleuve. Il ne perdit pas une minute à regarder le paysage, mais se mit en route, du pas résolu d’un bon marcheur venant de s’apercevoir que l’étape serait plus longue qu’il ne l’escomptait. Tel était précisément son cas. S’il lui avait plu de se retourner - ce qu’il ne faisait pas -, il aurait aperçu le clocher de Much Nadderby et aurait pu proférer à cette vue une malédiction à l’adresse du petit hôtel inhospitalier, manifestement vide, où l’on avait refusé de lui donner un lit. Le propriétaire avait changé depuis son dernier voyage à pied dans les parages. Le bon vieil aubergiste qu’il s’attendait à trouver avait fait place à un personnage que la sommelière avait appelé « la patronne », et la patronne semblait appartenir à cette école classique d’aubergistes anglais qui considèrent les clients comme un embarras. Rien à escompter avant Sterk, sur le versant opposé des collines, à six bonnes lieues de là. La carte indiquait une auberge à Sterk. Le piéton avait trop d’expérience pour nourrir à ce sujet beaucoup d’illusions, mais rien d’autre, apparemment, ne s’offrait à proximité. Il marchait assez vite, d’un pas décidé, sans beaucoup regarder autour de lui, comme un homme essayant de tromper la longueur du chemin en s’absorbant dans ses pensées. Il était grand, un peu voûté, et devait approcher de la quarantaine ; son accoutrement particulier trahissait l’intellectuel en vacances. On aurait pu le prendre, à première vue, pour un médecin ou un maître d’école, mais il lui manquait l’allure d’homme du monde du premier et l’indéfinissable jovialité de l’autre. De fait, c’était un philologue, professeur à Cambridge. Il s’appelait Ransom. ...
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