
Auteur : Lewis Clive Staples
Ouvrage : Voyage à Vénus
Année : 1943
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Chapitre 1. Je quittai la gare de Worchester et me mis en route pour parcourir les trois milles qui me séparaient de la villa de Ransom. Je pensais à celui que j’allais voir et me disais que personne ici n’aurait pu deviner la vérité à son sujet. La lande désertique qui s’étendait devant moi (le village se trouve loin au nord de la gare) ressemblait à n’importe quelle autre. Il était cinq heures de l’après-midi, et le ciel lourd et plombé était bien celui d’un après-midi d’automne. Les rares maisons et les quelques bouquets d’arbres roux ou jaunâtres n’avaient rien de remarquable. Qui aurait pu croire qu’à peu de distance de là j’allais serrer la main d’un homme qui avait vécu, bu et mangé dans un monde situé à quarante millions de milles de Londres, qui avait vu la Terre sous l’aspect d’une minuscule étincelle de lumière verte, et qui avait parlé avec des créatures dont la vie avait commencé avant même que notre planète fût habitable ? Car Ransom, sur Mars, n’avait pas seulement rencontré des Martiens, mais aussi des créatures nommées eldila, en particulier le grand eldil qui est le maître de Mars ou, pour parler le langage local, l’Oyarsa de Malacandra. Les eldila sont très différents des créatures qui habitent les planètes. Leur organisme physique, s’il est permis d’employer ce terme, ne ressemble en rien à celui des Terriens ou des Martiens. Ils ne mangent ni ne boivent, ne se reproduisent pas, ne respirent pas et ne connaissent pas la mort naturelle ; de ce point de vue, ils seraient plutôt des minéraux pensants que ce que nous nommons des animaux. Bien qu’ils se montrent sur les planètes et nous semblent parfois y résider, la localisation spatiale précise des eldila pose de grands problèmes que nos sens ne peuvent résoudre. Eux-mêmes considèrent l’espace (ou les « Cieux Profonds ») comme leur habitat réel, et les planètes ne sont pas pour eux des univers fermés mais des points mouvants – peut-être même des intervalles vides – perdus dans ce que nous nommons le système solaire et qu’ils désignent sous le nom de Champ d’Arbol. ...
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