Auteur : Mishima Yukio (Hiraoka Kimitake)
Ouvrage : Madame de Sade (Sado kohshaku fujin)
Année : 1969

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Acte 1. SAINT-FOND, en costume d’équitation ; elle va et vient rageusement, une cravache au poing : Étrange façon de recevoir les gens ! A la première fois que je viens ici, expressément invitée à m’y rendre après ma leçon de cheval, c’est comme par plaisir qu’on me fait attendre. SIMIANE : N’ayez pas trop de rigueur contre Mme de Montreuil, qui n’a point cessé d’être bouleversée par l’affaire de son gendre. SAINT-FOND : Voulez-vous dire qu’elle est encore bouleversée par ce qui s’est passé il y a trois mois ? SIMIANE : Je n’imagine pas que le temps ait pu alléger son souci. Rappelez-vous que nous ne l’avons pas vue une seule fois depuis cette affaire. SAINT-FOND : Cette affaire… Cette affaire… Toujours et partout dans nos conversations, quand il est question de cela, nous nous en tirons en usant de ce mot avec un petit clin d’oeil et un sourire entendu. Parlons franchement. (Elle fait claquer sa cravache. Simiane couvre son visage de ses mains.) C’était cela, et un peu plus que cela ! SIMIANE : Ces horreurs, madame… (Elle se signe.) SAINT-FOND : Mais oui, faites le signe de croix. N’est-ce pas ce que fit tout le monde devant une si pénible histoire ? Chacun de nous, cependant, a son information sur l’affaire dont il s’agit. Vous-même, madame, devez en savoir quelque chose… Parlez ! SIMIANE : Je ne sais rien. SAINT-FOND : Vous n’êtes pas franche. SIMIANE : Donatien et moi étions des amis d’enfance. Je ne veux me souvenir que de ses jolis cheveux blonds, et des horreurs dont vous parlez je ne veux rien entendre et rien voir. SAINT-FOND : À votre guise… Mais puisque je vais maintenant vous donner sur notre affaire les plus complets et les plus précis détails qui m’ont été fournis par une longue et laborieuse enquête, j’oserai vous conseiller, madame, de vous boucher les oreilles. (Simiane hésite.) Vos oreilles… (Elle fait claquer sa cravache.) Allons… Bouchez-les. (Elle chatouille de sa cravache les oreilles de Simiane, qui fait un geste de recul, puis obéit.) Bien. Le 27 juin, donc, il y a trois mois, Donatien, Alphonse, François, marquis de Sade, fut à Marseille avec son valet Latour. Au matin, quatre filles furent réunies par Latour dans une chambre qui se trouvait au quatrième étage de chez Mariette Borelly. ...