
Auteur : Nimier Marie
Ouvrage : L'hypnotisme à la portée de tous
Année : 1992
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Notre cerveau est une éponge gorgée de sang. Que n’ai-je refermé ce livre dès la première page, le premier mot ? L’hypnotisme à la portée de tous commençait ainsi : « A chaque inspiration, et pour quelques fractions de seconde, le sommet de votre crâne devient translucide. Notre cerveau est une éponge gorgée de sang. Si vous tournez les globes oculaires vers le haut, vous observerez en pleine lumière ses multiples circonvolutions ». Les objets qui traînent dans les toilettes de province révèlent parfois d’étranges vocations. J’aurais pu me passionner pour les champignons, la voltige ou les points de croix, mais non : il fallait que je tombe sur un traité d’hypnose. Suivant à la lettre les suggestions de son auteur, je me gorgeai d’air et, le temps d’un éclair, j’aperçus à l’intérieur de ma tête une chose qui ressemblait à de la cervelle de mouton. Nulle matière spongieuse ou sanguinolente, mais de façon certaine un tas de bourrelets en suspension dans une sauce gélatineuse. J’avais dix ans, une imagination à toute épreuve et déjà des cernes sous les yeux. Encouragée par ce résultat, je m’apprêtais à renouveler l’expérience lorsque j’entendis des pas résonner dans le couloir. Mes parents s’ennuyaient, sans doute me cherchaient-ils, j’étais leur seule distraction. Ils regrettaient d’avoir loué cette maison pour les vacances. Je tirai le loquet et m’installai sur la lunette du petit coin. Les pieds ballants, avec la ferme intention de ne pas me laisser interrompre, je repris le fil de ma lecture. « Souvenez-vous de ces craies rouges sombre, à l’école, la couleur de ces craies mouillées par l’éponge, la manière dont elles s’écrasaient sur le tableau noir. Maintenant que vous avez adopté une position plus confortable… » Je sursautai. Par quel miracle l’auteur avait-il deviné que je venais de m’asseoir ? J’eus l’impression désagréable que les mots me regardaient, ils bougeaient même, des oscillations à peine perceptibles, mais régulières. C’est à cet instant précis qu’il aurait fallu poser le livre sur l’étagère, pourtant je continuai. Une phrase encore, pensai-je, la dernière, puis une autre, non sans appréhension une troisième. « Vous allez compter jusqu’à cinq sans cligner des paupières - je lisais toujours - et chaque fois qu’un nombre s’inscrira sur cette page, vous le prononcerez mentalement. Vos yeux resteront ouverts, où que vous soyez et quoi qu’il advienne, puis au chiffre cinq se fermeront. Je vais commencer, tout se passe comme si rien d’autre n’existait - UN - et tandis que votre regard reste fixé sur le texte qui défile, les muscles de votre cou se détendent, DEUX, par la seule force de votre désir, et seulement au chiffre cinq, vous vous reposerez. Imaginez la partie translucide de votre crâne - TROIS - le contact de la craie mouillée sur le tableau noir. Vous savez qu’à votre réveil une force irrésistible vous conduira à emporter ce livre. Immédiatement, dès que vous recommencerez à le parcourir, vous retomberez dans un état de bien-être profond. Rien ne peut interrompre votre respiration, paisible, mesurée. A chaque expiration, les lettres se détachent, vous distinguez chaque consonne, chaque voyelle, vous suivez chaque virgule jusqu’au dernier point, sans ciller, jusqu’au point final. Vous sentez de légers picotements sur la rétine, quelque chose comme des tiraillements, mais vous continuez à lire, en toute confiance, vous avancez de plus en plus difficilement cependant car vous prenez conscience des espaces irréguliers qui séparent les mots. Vous prononcez intérieurement le chiffre QUATRE, vous remarquez le grain du papier, tous ces espaces vides, ces espaces collants entre chaque ligne, vos paupières sont lourdes et chaudes, elles commencent à descendre, si lourdes qu’aucune volonté ne pourra les empêcher de s’abaisser, lentement, votre regard se détache, il n’y a plus rien à faire, plus rien à voir, plus besoin de résister - CINQ - vous respirez, vous êtes calme, vous dormez ». ...
Jacolliot Louis - Les traditions indo-européennes et africaines
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