Auteur : Ruysbroeck L'Admirable
Ouvrage : L'ornement des noces spirituelles Traduit du flamand et accompagné d’une introduction par Maurice Maeterlinck
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Introduction I. Un grand nombre d’œuvres sont plus régulièrement belles que ce livre de Ruysbroeck l’Admirable. Un grand nombre de mystiques sont plus efficaces et plus opportuns : Swedenborg et Novalis, entre plusieurs. Il est fort probable que ses écrits ne répondent que rarement aux besoins d’aujourd’hui. D’un autre côté, je connais peu d’auteurs plus maladroits que lui ; il s’égare par moments en d’étranges puérilités ; et les vingt premiers chapitres de l’Ornement des Noces spirituelles, bien qu’ils soient une préparation peut-être nécessaire, ne renferment guère que de tièdes et pieux lieux communs. Il n’a extérieurement aucun ordre, aucune logique scolastique. Il se répète souvent, et semble parfois se contredire. Il joint l’ignorance d’un enfant à la science de quelqu’un qui serait revenu de la mort. Il a une syntaxe tétanique qui m’a mis plus d’une fois en sueur. Il introduit une image et l’oublie. Il emploie même un certain nombre d’images irréalisables ; et ce phénomène, anormal dans une œuvre de bonne foi, ne peut s’expliquer que par sa gaucherie ou sa hâte extraordinaire. Il ignore la plupart des artifices de la parole et ne peut parler que de l’ineffable. Il ignore presque toutes les habitudes, les habiletés et les ressources de la pensée philosophique ; et il est astreint à ne penser qu’à l’incogitable. Lorsqu’il nous parle de son petit jardin monacal, il a peine à nous dire suffisamment ce qui s’y passe ; il écrit alors comme un enfant. Il entreprend de nous apprendre ce qui se passe en Dieu, et il écrit des pages que Platon n’aurait pu écrire. Il y a de toutes parts une disproportion monstrueuse entre la science et l’ignorance, entre la force et le désir. Il ne faut pas s’attendre à une œuvre littéraire ; vous n’apercevrez autre chose que le vol convulsif d’un aigle ivre, aveugle et ensanglanté, au-dessus de cimes neigeuses. J’ajouterai un dernier mot en manière d’avertissement fraternel. Il m’est arrivé de lire des œuvres qui passent pour fort abstruses : Les Disciples à Saïs et les Fragments, de Novalis, par exemple ; les Biographia litteraria et l’Ami, de Samuel Taylor Coleridge ; le Timée, de Platon ; les Ennéades, de Plotin ; les Noms divins, de Saint-Denys l’aréopagite ; l’Aurora, du grand mystique allemand Jacob Böhme, avec qui notre auteur a plus d’une analogie. ...